Une lectrice m'écrivait récemment qu'elle me trouvait trop "arrangeant" avec notre époque qui détruit, démolit et défigure tout ce qui est beau et que nous aimerions voir rester comme avant. Mais "nos temps sont nos temps" et nous devons vivre avec. Venise, si on veut bien analyser les choses avec sérieux et détachement, a bien de la chance. Toujours pas disparue, toujours pas enfouie dans la mer, toujours pas transformée en Disneyland ou en résidence secondaire à haute sécurité pour quelques happy few milliardaires. Venise palpite, vibre et se perpétue. Les canaux sont toujours là avec leurs nombreuses embarcations, les maisons même lézardées tiennent toujours et les vénitiens existent encore, en petit nombre... Et puis il se passe tellement de choses qui sans changer la nature profonde de la Sérénissime, la conforte au contraire dans ce qu'elle a de plus fort, ce côté unique et éternel.01 juillet 2009
Oui, Venise change mais faut-il s'en indigner ?
Une lectrice m'écrivait récemment qu'elle me trouvait trop "arrangeant" avec notre époque qui détruit, démolit et défigure tout ce qui est beau et que nous aimerions voir rester comme avant. Mais "nos temps sont nos temps" et nous devons vivre avec. Venise, si on veut bien analyser les choses avec sérieux et détachement, a bien de la chance. Toujours pas disparue, toujours pas enfouie dans la mer, toujours pas transformée en Disneyland ou en résidence secondaire à haute sécurité pour quelques happy few milliardaires. Venise palpite, vibre et se perpétue. Les canaux sont toujours là avec leurs nombreuses embarcations, les maisons même lézardées tiennent toujours et les vénitiens existent encore, en petit nombre... Et puis il se passe tellement de choses qui sans changer la nature profonde de la Sérénissime, la conforte au contraire dans ce qu'elle a de plus fort, ce côté unique et éternel.30 juin 2009
Il m'est venu une idée...
Un voyage Tramezzinimag, entre amis est-ce que cela vous dirait ? Une semaine loin des sentiers battus, et une autre approche de ces sentiers-là, qu'il faut bien arpenter tellement ils sont remplis de chefs-d'oeuvre. Un voyage en groupe, mais avec dans votre poche la clé d'une maison vénitienne et beaucoup de haltes dans les bacari et les cafés. Un voyage dans l'esprit de ce site : strictement réservé aux Fous de Venise. Un peu décalé, tranquille, culturel sans prétention. Il serait réservé en priorité à ceux qui n'y sont jamais allés ou peu souvent ou dans des conditions telles qu'ils n'ont rien vu ou tout mal vu. Réfléchissons ensemble à cette idée et, magari...29 juin 2009
Se chiama Tadzio e basta (*)
28 juin 2009
27 juin 2009
Promenade sur le canal de Cannaregio
Clin d'oeil à l'auteur de la photo, mon ami Pippo, alias Giuseppe Crimi, architecte de son état, natif de Palerme, que j'ai connu à Venise où il faisait comme moi ses études, et qui y vit toujours. Comme moi, il est membre du groupe 40xVenezia. Nous nous sommes souvent promenés ensemble dans le quartier du ghetto. j'habitais calle Navarro à Dorsoduro et lui à la Giudecca. Il m'avait laissé un jour ses livres car il quittait la ville pour je ne sais plus quelle raison. Je suis rentré entre-temps en France, laissant ses cartons dans un magazzino, ne pensant pas qu'il puisse leur arriver quoique ce soit. Des colocataires indélicats se sont servis et sa bibliothèque a été littéralement pillée. Comme la mienne d'ailleurs, restée dans ma chambre. Tout ceci narré sur ce blog dans le cas où les responsables lisant ces lignes, se reconnaîtront. Mais dans notre magnanimité, lui comme moi, qu'ils sachent que nous leur avons pardonné. Quelque chose comme le "car ils ne savent pas ce qu'ils font"...La librairie qui était le centre d'un monde
Lorsque la Tarantola, centre historique de la cité de Venise (une borne rappelle que l'épicentre de la Sérénissime est exactement à l'emplacement de la boutique) était encore une librairie, il était convenu d'en lécher les vitrines en attendant "l'appuntamento", le rendez-vous pris pour la passeggiata de San Lucà. C'était merveille que cette petite librairie très fournie où on trouvait presque toujours ce qu'on voulait. Le propriétaire était un érudit et connaissait bien son métier, se lamentant souvent des déboires de l'édition italienne et de la chute vertigineuse de la littérature moderne. c'était pourtant avant l'ère Berlusconi. Sa fille aujourd'hui a transformé les lieux en une sorte de galerie artisanale consacrée aux créations d'artistes vénitiens dans la tradition des arts locaux : verrerie, orfèvrerie, gravure, cuirs. Le campo San Lucà, à l'ombre du bâtiment moderne de la Cassa di Risparmio, conserve la pâtisserie-bar Rosa Salva, mais le supermarché a laissé la place à un fast-food, le marchand de tapis n'est plus là non plus. Tout change, tout évolue, mais la passeggiata demeure transformant chaque soir cette petite place en un salon très animé où tout le monde se retrouve. Quand vous serez à Venise, passez-y faire un tour et prenez un spritz au bar, il y est délicieux (comme le café macchiato d'ailleurs et la torta di mandorla).25 juin 2009
Les chats de la forêt d'en-bas.
Quand Marta et Aldo ouvrirent les yeux, le soleil brillait. Leur mère venait d'ouvrir les volets. La pluie avait cessé et le ciel était bleu. 24 juin 2009
Une impossible rencontre
La plupart des souvenirs de ma jeunesse vénitienne sont rangés dans une grande malle de voyage qui porte encore le chiffre de mes arrières-grands-parents. Je l'ouvre parfois pour en retirer mes carnets et les chemises de cartons que je faisais réaliser chez Paolo Olbi, quand il n'avait encore que sa boutique-atelier près des Fondamente Nove, remplies de cartons d'invitation, de photos, de lettres, de coupures de presse. Les restes de mes années à Venise... Farfouiller dans tous ces souvenirs nourrit ma prose et alimente mon Tramezzinimag. Certains lecteurs y trouvent l'origine de ma mélancolie. J'y puise en tout cas beaucoup de joie et en rafrâichissant ma mémoire (qui m'a toujours beaucoup joué de tours), je retrouve comme si j'y étais encore tous les sentiments qui m'habitaient alors. Ma rencontre avec le professeur Giovanni M., aujourd'hui disparu, fait partie de ces grands moments qui façonnent l'être que nous devenons. Mais laissons parler le jeune homme que j'étais alors (nous sommes en 1983).Vendredi 18 novembre.
Levé tôt ce matin. La signora me demande d'aller régler pour elle la facture de gaz de la calle dell'Aseo. Il va faire beau, sortir de l'auberge ne me déplaît pas et me rendre dans les locaux d'une administration me fait d'avance me sentir un peu vénitien.
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Parti à 8 heures sur les recommandations de Gabriele, j'arrive pour l'ouverture des bureaux sans avoir à faire la queue. Palais baroque un peu décati. Juste de l'autre côté du rio Baraterri, en face du Casino Venier qu'on va bientôt restaurer. J'aime à Venise, ce doux mélange de choses modernes et de vestiges. Tractations terminées en dix minutes pour une fois, j'ai donc le reste de la matinée pour moi.
J'aime ces lieux tranquilles. L'église était ouverte. Paix de ces lieux. Les icônes, les cierges,l'odeur de l'encens qui remplit l'église silencieuse. [...] Je raccompagne le professeur jusqu'à chez lui. Il m'invite demain pour visiter sa collection. Ravi, je le remercie chaleureusement.
Parmi tous ces trésors, j'ai feuilleté un manuscrit en français du XVIe siècle relatant un voyage en Istrie et un tout petit album de croquis de Venise, daté de 1728, dans l'esprit du Canaletto et deux dessins burlesques de Tiepolo. [...]
C'est aujourd'hui la Saint Jean-Baptiste
Avez-vous remarqué la douceur des nuits de la Saint-Jean ? Ce je ne sais quoi qui marque bien que l'été est là... Que des feux de joie brûlent dans vos coeurs. Et Bonne Fête, mon fils. 23 juin 2009
Statistiques
Il faut certainement que Tramezzinimag se renouvelle et s'améliore. Cinq années de prose, vous pensez bien que se renouveler peut devenir difficile... Alors, n'hésitez-pas, donnez-moi vos impressions, faites vos remarques, positives comme négatives, et informez-moi de vos desiderata. J'essaierai de mieux répondre à vos désirs !
22 juin 2009
Lasciando Venezia
Déjà présentée dans un de mes billets (24/10/2006), cette petite vidéo de Jean-Claude Courbon est un délice que j'ai eu envie de présenter à nouveau. La mélodie vénitienne du XVIIIe siècle donne une idée de l'atmosphère musicale de la Sérénissime. Autre chose que les "O Sole Mio" ou "Santa Lucia", arias importés de Naples et qui n'ont rien à voir avec les beaux chants tirés de l'Arioste sur des airs de Veracini, Marcello ou Vivaldi. Bon voyage.
21 juin 2009
Mélanges
Lorsque j'étais étudiant à San Sebastiano (c'était alors la faculté de Lettres, où je terminais mon cursus d'histoire des Arts, travaillant "la peinture du trecento, interprétation et réminiscence des splendeurs païennes"), j'allais souvent me promener dans un quartier retiré, loin derrière les derniers endroits habités. Il y avait une maison entourée de murs avec de hauts grillages. Là, un vieil homme au visage buriné comme un vieux loup de mer, vivait au milieu de ses chats mais aussi d'une demi douzaine de singes en semi-liberté... A Castello un vieux perroquet chantait Bella Ciao et la Marseillaise au fond d'un bar un peu sale...J'ai vu un jour une scène de Fellini matinée de Pasolini. c'était le milieu du jour. Il faisait beau et doux. Soudain les rues furent envahies d'une foule de gens bizarres, certains parlaient fort, d'autres chantonnaient, il y en avait des très vieux d'autres plus jeunes. Ils semblaient sortir d'un rêve ou d'un cauchemar. Leur visage était effrayant, souvent hilare. C'étaient les fous de l'asile de San Clemente que la loi italienne venait de libérer. Ils déambulaient pour la première fois en toute liberté dans les rues de la ville... J'étais ce matin-là sur la Lista di Spagna avec la femme du Consul de Grèce, une espagnole exubérante qui était venue avec moi voir les stands des marchands de livres d'occasions qu'on trouvait alors près des Santi Apostoli, tout près de la résidence de Grèce. On aurait dit une scène de film...
Une autre fois, un matin d'hiver, un jeune suédois, splendide athlète blond au corps trop musclé, pas très grand, fut pris d'une crise de démence. Il neigeait un peu et la température devait avoisiner les 0°. Il sortit de l'auberge complètement nu présentant son anatomie à tous les passants et délirant dans sa langue. J'ai su plus tard qu'il déclamait des vers de Shakespeare en suédois... Il lisait Castaneda toute la journée et son sourire était bizarre... Ce jour-là, il se serait jeté dans le grand canal, pour nager comme Byron le fit souvent, si des policiers ne l'avaient interpellé à temps. Il fit une cure de sommeil et lorsqu'il revint à l'auberge, confus et intimidé, c'était un tout autre personnage, poli et pudique, rougissant encore de ce qu'il avait fait et qu'on lui avait raconté. Il n'avait aucun souvenir de cette bouffée délirante...
Tant d'autres choses encore...
Je me revois au Palais Clary, un 14 juillet vaporisant de l'eau d'Evian sur les canapés et les petits fours de la réception du consul, tellement il faisait chaud et je me souviens du dernier plateau aspergé par mégarde d'engrais pour les plantes vertes et qui fut présenté aux autorités civiles, religieuses et militaires de la ville sans que personne ne semble y trouver à redire. Foie gras et saumon fumé arrosé à l'engrais horticole. On aurait pu en venir à l'incident diplomatique si par hasard un des invités s'était empoisonné...
Je me souviens de mes razzias dans les réserves du consulat lorsque je n'avais plus d'argent pour m'acheter à manger. Je repartais, grâce à Agnès - et la bénédiction du consul son père, qui fermait les yeux - les bras remplis de conserves, de sardines à l'huile, de pâtes, de fromage, de chocolat, de pâté, de saucisson et de jus de fruit sous le regard sévère du président Mitterand dont le cadre, placé juste au-dessus du bureau du Consul, regardait avec insistance et une moue à la Mona Lisa, la porte d'entrée. Je ne voyais que lui en sortant de la grande salle pour reprendre l'ascenseur qui menait au rez-de-chaussée... Et l'Île de France, le mostoscafo du consulat, le seul à avoir l'autorisation de battre pavillon étranger, par un vieux privilège datant de l'ancienne république. Et le terrain de foot, au milieu des ruines de bâtiment de l'occupation autrichienne derrière l'Arsenale où de curieux personnages vous épient et disparaissent aussitôt...
Je vous raconterai cela aussi....
20 juin 2009
19 juin 2009
Par une douce matinée, le soleil, l'été
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Philippe n'aimait pas être seul. Pourtant aujourd'hui il souhaitait ardemment qu'Anne ne vienne pas avec lui. Il s'était réveillé de bonne heure. la lumière qui se faufilait à travers les buis devant la fenêtre de leur chambre annonçait une chaude journée. Ils iraient certainement sur les murazzi se baigner. Anne dormait encore, un bras replié sous sa tête. Elle avait l'air d'être loin. Il se leva doucement, enfila un jean, un polo et sortit dans le jardin. L'air était parfumé, les oiseaux chantaient cette nouvelle journée. Il franchit le portail et se dirigea vers le campo voisin. Le kiosque à journaux ouvrait à peine. Il y a avait déjà du monde au bar près de l'église. Des gens se hâtaient vers la gare. Un jeune balayeur sifflotait en nettoyant la place, bousculant un affreux chien jaune qui tentait de faire ses besoins près d'un banc. Dans quelques heures, Anne serait habillée, lavée, prête à le suivre au Lido. Elle avait fait beaucoup d'efforts ces derniers temps, il lui en était reconnaissant. Cependant cette familiarité qu'elle tentait d'assimiler avec ce qui faisait sa vie quotidienne ici, elle ne parvenait pas à la rendre sincère, profonde. Elle restait souvent en retrait, cherchant à cacher des mouvements d'humeur qui trahissaient son dépit, sa peur aussi. Elle comprenait que la vie de Philippe était ici désormais et qu'il lui serait difficile de l'arracher à ses rêves, devenus peu à peu, une réalité tangible. Venise s'avérait chaque jour davantage une rivale.
Philippe ne savait pas encore combien Anne souffrait mais il sentait au plus profond de son âme que quelque chose n'allait pas et "qu'il y avait danger" comme disait Betti. Sur les murazzi, il devait retrouver Giuseppe, Nino, Sandra et Piero. Sa bande. Il y aurait aussi Stefano, qui était certainement revenu d'Ancône. Il sentait confusément que son amie n'appréciait pas cette bande de filles et de garçons qui comptaient tant pour lui. Elle se montrait certes attentive, souriante mais ses yeux prenaient une teinte métallique et son regard se durcissait quand elle voyait Philippe rire et s'amuser avec eux. Il aurait voulu les rejoindre seul. Il espérait qu'elle soit trop fatiguée pour prendre la motonave jusqu'au Lido, puis le bus qui les amènerait aux murazzi, juste avant Malamocco. Le soir, repu de soleil et de baignade, après un arrêt au bar-glacier sous les arcades, près du palais du festival, il rentrerait, fourbu mais ardent. Elle l'attendrait dans le jardin, un livre à la main, un peu lasse. Il l'embrasserait tendrement et lui ferait longuement l'amour, puis ils iraient au restaurant et se promèneraient dans les ruelles désertes, main dans la main...
Philippe. Fragments.

















