01 juillet 2009

Oui, Venise change mais faut-il s'en indigner ?

Une lectrice m'écrivait récemment qu'elle me trouvait trop "arrangeant" avec notre époque qui détruit, démolit et défigure tout ce qui est beau et que nous aimerions voir rester comme avant. Mais "nos temps sont nos temps" et nous devons vivre avec. Venise, si on veut bien analyser les choses avec sérieux et détachement, a bien de la chance. Toujours pas disparue, toujours pas enfouie dans la mer, toujours pas transformée en Disneyland ou en résidence secondaire à haute sécurité pour quelques happy few milliardaires. Venise palpite, vibre et se perpétue. Les canaux sont toujours là avec leurs nombreuses embarcations, les maisons même lézardées tiennent toujours et les vénitiens existent encore, en petit nombre... Et puis il se passe tellement de choses qui sans changer la nature profonde de la Sérénissime, la conforte au contraire dans ce qu'elle a de plus fort, ce côté unique et éternel.
Ce qui me parait important à relever en revanche c'est la part que prend la France dans la Venise d'aujourd'hui. Longtemps mal perçue par nos rois, Venise l'ambitieuse, la pragmatique, l'affairiste, elle est devenue le grand amour des français. Partout on entend parler français dans les rues. On dirait que les parisiens sont tous là le week-end. Je connais au moins une douzaine de personnes qui sont aujourd'hui propriétaires de palais ou de magazzini transformés en appartement et ce en dépit des prix du m² pratiqués ici... De nombreux artistes célèbres, des écrivains, des peintres, des musiciens passent et repassent à Venise. Certains s'y installent et deviennent les nouveaux citoyens de cette République des Arts qu'est devenue la Sérénissime. Appelons-là plutôt la Dominante, tant elle règne sur le coeur et l'esprit de nombreux de nos compatriotes. Faut-il s'en inquiéter ou s'en réjouir ?
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Illustration de Dominique Müller. Extrait de son dernier livre "L'eau-delà de la pointe à la douane de mer", qui vient de paraître chez l'éditeur vénitien Lineadacqua.

30 juin 2009

Il m'est venu une idée...

Un voyage Tramezzinimag, entre amis est-ce que cela vous dirait ? Une semaine loin des sentiers battus, et une autre approche de ces sentiers-là, qu'il faut bien arpenter tellement ils sont remplis de chefs-d'oeuvre. Un voyage en groupe, mais avec dans votre poche la clé d'une maison vénitienne et beaucoup de haltes dans les bacari et les cafés. Un voyage dans l'esprit de ce site : strictement réservé aux Fous de Venise. Un peu décalé, tranquille, culturel sans prétention. Il serait réservé en priorité à ceux qui n'y sont jamais allés ou peu souvent ou dans des conditions telles qu'ils n'ont rien vu ou tout mal vu. Réfléchissons ensemble à cette idée et, magari...

29 juin 2009

Se chiama Tadzio e basta (*)

Lorsque Luchino Visconti, fort du succès mondial du "Crépuscule des Dieux" décide de réaliser et de produire un film basé sur le roman de Thomas Mann, "Mort à Venise", il se lance dans une garnde chasse au personnage de l'enfant de douze ans dont la beauté, l'aisance et la noblesse fascineront le professeur von Aschenbach venu se reposer quelques jours au Lido de Venise, à l'Hôtel des Bains. Ces trois petits films (un documentaire de la R.A.I.) qu'on ne pouvait plus voir depuis un certain temps, sont de nouveau disponibles sur YouTube. Les voici. entendre la voix, avec ce bel accent romain, de Luchino Visconti est très émouvant. Découvrir Bjorn Andresen de la même manière que le cinéaste et son équipe l'ont aperçu la première fois est fascinant. Mais comme le dit le commentateur à la fin du documentaire, pourquoi continuer à l'appeler Bjorn Andresen, (*) il se nomme Tadzio et c'est tout.


28 juin 2009

La douceur d'un été qui commence...

Bon dimanche à tous !

27 juin 2009

Promenade sur le canal de Cannaregio

Clin d'oeil à l'auteur de la photo, mon ami Pippo, alias Giuseppe Crimi, architecte de son état, natif de Palerme, que j'ai connu à Venise où il faisait comme moi ses études, et qui y vit toujours. Comme moi, il est membre du groupe 40xVenezia. Nous nous sommes souvent promenés ensemble dans le quartier du ghetto. j'habitais calle Navarro à Dorsoduro et lui à la Giudecca. Il m'avait laissé un jour ses livres car il quittait la ville pour je ne sais plus quelle raison. Je suis rentré entre-temps en France, laissant ses cartons dans un magazzino, ne pensant pas qu'il puisse leur arriver quoique ce soit. Des colocataires indélicats se sont servis et sa bibliothèque a été littéralement pillée. Comme la mienne d'ailleurs, restée dans ma chambre. Tout ceci narré sur ce blog dans le cas où les responsables lisant ces lignes, se reconnaîtront. Mais dans notre magnanimité, lui comme moi, qu'ils sachent que nous leur avons pardonné. Quelque chose comme le "car ils ne savent pas ce qu'ils font"...

La librairie qui était le centre d'un monde

Lorsque la Tarantola, centre historique de la cité de Venise (une borne rappelle que l'épicentre de la Sérénissime est exactement à l'emplacement de la boutique) était encore une librairie, il était convenu d'en lécher les vitrines en attendant "l'appuntamento", le rendez-vous pris pour la passeggiata de San Lucà. C'était merveille que cette petite librairie très fournie où on trouvait presque toujours ce qu'on voulait. Le propriétaire était un érudit et connaissait bien son métier, se lamentant souvent des déboires de l'édition italienne et de la chute vertigineuse de la littérature moderne. c'était pourtant avant l'ère Berlusconi. Sa fille aujourd'hui a transformé les lieux en une sorte de galerie artisanale consacrée aux créations d'artistes vénitiens dans la tradition des arts locaux : verrerie, orfèvrerie, gravure, cuirs. Le campo San Lucà, à l'ombre du bâtiment moderne de la Cassa di Risparmio, conserve la pâtisserie-bar Rosa Salva, mais le supermarché a laissé la place à un fast-food, le marchand de tapis n'est plus là non plus. Tout change, tout évolue, mais la passeggiata demeure transformant chaque soir cette petite place en un salon très animé où tout le monde se retrouve. Quand vous serez à Venise, passez-y faire un tour et prenez un spritz au bar, il y est délicieux (comme le café macchiato d'ailleurs et la torta di mandorla).

25 juin 2009

Le sommeil du juste

Surtout ne pas déranger.

Les chats de la forêt d'en-bas.

Historiette pour Louise, 7 ans et demi
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Chère petite lectrice,
Quand le soleil se lève le matin à Venise, ce qu'il éclaire n'est jamais comme ailleurs. Les enfants qui comme toi s'en vont à l'école, toujours un peu mal réveillés, souvent restés en partie dans leurs jolis rêves de la nuit, l'estomac un peu barbouillé du chocolat trop chaud qu'il a fallu boire trop vite, ces enfants-là ne marchent pas sur des pavés ordinaires. Car sous les dalles grises reposent des millions d'arbres plantés là il y a plus d'un millier d'années. Quel joli poème cette histoire d'une ville où les enfants marchent sur des arbres. Ce monde incroyable où, comme le disait un poète qui aimait beaucoup les enfants - et Venise aussi -, les lions volent et les oiseaux marchent.
Un matin, comme tous ces matins que tu as vécu toi aussi, tu sais quand il faut mettre un manteau et sortir dans le froid et la pluie pour aller retrouver la maîtresse pas toujours gentille, les copains pas toujours complices, Aldo et Marta, deux petits vénitiens de ton âge s'en allaient à l'école. Il pleuvait fort sur Venise ce jour-là. Aldo avait un peu mal au ventre car il n'avait pas bien appris sa leçon d'histoire et Marta reniflait car elle avait pris froid la veille en jouant dans les flaques. Au détour d'une ruelle, ils débouchèrent comme chaque matin sur un petit campo toujours tranquille, toujours silencieux. A Venise, les enfants n'ont pas peur d'aller dans les rues. Ils ne risquent pas de mauvaises rencontres. Pourtant ce matin-là, sous cette vilaine pluie froide, dans le silence du petit matin avant qu'il ne fasse jour, ils avaient peur...
Ce n'était pas comme d'habitude. Une enseigne de magasin grinçait au loin, le vent soufflait très fort ... Il faisait tellement sombre sur le campo. Les enfants avançaient épaule contre épaule et Marta serra bien plus fort que d'habitude la main de son frère. Soudain, le jour se fit et la pluie s'arrêta... C'était comme la lumière un peu jaune d'un lampadaire invisible. Au milieu de la petite place, comme souvent à Venise, il y avait un puits en marbre blanc orné de figures d'anges et de guirlandes de fleurs. Sur la margelle, un énorme chat gris semblait diriger un orchestre. Autour de lui, une vingtaine de chats l'écoutaient. Les deux enfants s'arrêtèrent stupéfaits. Les chats, visiblement un peu agacés se retournèrent. Tous en même temps.
On entendit un "Mais chut, voyons !".
Marta regarda son frère, aussi surpris qu'elle :
- "Un chat qui parle, mais c'est impossible" lui lança Aldo.
- "A Venise, jeune homme, apprenez que rien jamais n'est impossible" lui répondit aussitôt le gros chat gris tout en se léchant une patte.
- "Mais d'où venez vous et que faites vous ?" osa demander Marta qui aimait beaucoup les chats mais ne trouvait pas très normal d'en rencontrer qui lui adressent la parole en langage des humains...
- "Nous sommes les chats de la forêt, nous nous réunissons ici pour chanter" expliqua le gros chat gris qui maintenant lissait les poils de son ventre. Il n'avait pas l'air méchant mais très moqueur. Cela vexa un peu Marta.
- "Mais quelle forêt ?Il n' y a pas de forêt à Venise." s'écrièrent les enfants qui n'aimaient pas être pris pour des idiots, même par une chorale de chats étranges.
- "Mais si, la forêt qui est là, sous vos pieds" dirent en choeur tous les chats. Et le gros chat gris raconta l'histoire de la forêt souterraine :
- "Autrefois, il y a très longtemps, des hommes coupèrent tous les arbres qui poussaient ici, au bord de l'eau, sur ces petites îles sauvages. Ils les mirent les uns à côté des autres et bâtirent leurs palais et leurs églises dessus. Les années passèrent et on oublia les arbres et tous les êtres qui peuplaient la forêt. Ils passèrent des siècles sous les maisons et sous les églises et finirent par s'habituer au noir et au silence. Mais les chats qui habitaient sur l'île qui est sous ce campo ne purent jamais se résoudre à rester en bas. Alors, chaque nuit, quand le temps était trop mauvais pour que les hommes se hasardent en dehors des maisons, ils montaient humer l'air de la lagune, compter les étoiles du ciel. Peu à peu, ils reprirent leurs habitudes d'en bas. Par exemple, ils apprenaient de très belles chansons de chat, interprétées a capella, pour faire mieux que les oiseaux d'en bas. Et ils étaient très appréciés par leurs cousins les chats d'en haut qui venaient souvente se joindre à eux, comme ce soir. C'est ainsi qu'il y avait Félix, le chat très distingué du palais Bragadin, Stella, la jolie jeune chatte du curé de San Pantalone et puis Jacob, le chat du rabbin et tant d'autres. Et quelles voix admirables."
Les enfants en auraient presque oublié de se rendre à l'école mais heureusement, le gros chat gris les rappela à l'ordre :
- "les enfants, les enfants"...
Quand Marta et Aldo ouvrirent les yeux, le soleil brillait. Leur mère venait d'ouvrir les volets. La pluie avait cessé et le ciel était bleu.
- "Ce sera une belle journée" dit leur mère, "dépêchez-vous, sinon vous serez en retard à l'école".
En passant par le campo, encore engourdis par ce rêve mystérieux, ils tremblèrent un peu : sur la margelle du puits un chat gris les suivait du regard tout en faisant sa toilette. Il s'arrêta quand il les vit, et les enfants remarquèrent son drôle d'air. Aldo et Marta se regardèrent, mi-figue, mi-raisin. Ils hâtèrent le pas. Sûrement pour ne pas être en retard à l'école... Ils ne virent pas le clin d'oeil du gros chat gris...
A Venise, chère petite lectrice, on voit toutes sortes de choses. Il suffit de savoir regarder...

24 juin 2009

Une impossible rencontre

La plupart des souvenirs de ma jeunesse vénitienne sont rangés dans une grande malle de voyage qui porte encore le chiffre de mes arrières-grands-parents. Je l'ouvre parfois pour en retirer mes carnets et les chemises de cartons que je faisais réaliser chez Paolo Olbi, quand il n'avait encore que sa boutique-atelier près des Fondamente Nove, remplies de cartons d'invitation, de photos, de lettres, de coupures de presse. Les restes de mes années à Venise... Farfouiller dans tous ces souvenirs nourrit ma prose et alimente mon Tramezzinimag. Certains lecteurs y trouvent l'origine de ma mélancolie. J'y puise en tout cas beaucoup de joie et en rafrâichissant ma mémoire (qui m'a toujours beaucoup joué de tours), je retrouve comme si j'y étais encore tous les sentiments qui m'habitaient alors. Ma rencontre avec le professeur Giovanni M., aujourd'hui disparu, fait partie de ces grands moments qui façonnent l'être que nous devenons. Mais laissons parler le jeune homme que j'étais alors (nous sommes en 1983).

Vendredi 18 novembre.
Levé tôt ce matin. La signora me demande d'aller régler pour elle la facture de gaz de la calle dell'Aseo. Il va faire beau, sortir de l'auberge ne me déplaît pas et me rendre dans les locaux d'une administration me fait d'avance me sentir un peu vénitien.
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Parti à 8 heures sur les recommandations de Gabriele, j'arrive pour l'ouverture des bureaux sans avoir à faire la queue. Palais baroque un peu décati. Juste de l'autre côté du rio Baraterri, en face du Casino Venier qu'on va bientôt restaurer. J'aime à Venise, ce doux mélange de choses modernes et de vestiges. Tractations terminées en dix minutes pour une fois, j'ai donc le reste de la matinée pour moi.

Agréable rencontre en sortant. Je regardais la façade du palazzino Venier, quand j'ai été abordé par un vieux monsieur très distingué. Nous avons bavardé un moment, cheminant ensemble vers l'arsenal. Le professeur M. habite près de San Giorgio dei Greci. Retraité, il est historien d'art et collectionneur. Il me propose d'aller visiter le musée d'icônes de la communauté orthodoxe en sa compagnie.
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J'aime ces lieux tranquilles. L'église était ouverte. Paix de ces lieux. Les icônes, les cierges,l'odeur de l'encens qui remplit l'église silencieuse. [...] Je raccompagne le professeur jusqu'à chez lui. Il m'invite demain pour visiter sa collection. Ravi, je le remercie chaleureusement.
[...]
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Samedi 19.
[...] Giovanni M. habite entre San Giorgio et San Lorenzo, avec son épouse qui semble très âgée et une jeune nièce. C'est elle qui m'a ouvert. L'appartement est au deuxième étage d'un immeuble dont les fenêtres ouvrent sur un magnifique jardin et l'abside de San Lorenzo. Très intéressé par mes recherches sur l'art du trecento, il me montre son imposante bibliothèque en attendant que le café soit servi. Aux murs du couloir de l'entrée, dans le salon comme dans la bibliothèque, des dizaines de dessins anciens, des aquarelles aussi. Des merveilles. Le professeur me commente une à une ces oeuvres le plus souvent du XVIIe et du XVIIIe. Parmi tous ces trésors, j'ai feuilleté un manuscrit en français du XVIe siècle relatant un voyage en Istrie et un tout petit album de croquis de Venise, daté de 1728, dans l'esprit du Canaletto et deux dessins burlesques de Tiepolo.
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Miracle de Venise qui nous offre des miracles incroyables : où ailleurs dans le monde pourrais-je rencontrer au hasard d'une promenade un érudit collectionneur et avoir entre les mains des dessins originaux d'un grand maître du XVIIIe siècle ?
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Nous convenons de nous retrouver un jour de la semaine prochaine à l'Accademia, où le professeur veut me montrer les peintures sur lesquelles il a travaillé (c'est un spécialiste de Mantegna).
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Encore ébloui par tout ce que j'ai vu, je suis arrivé un peu en retard à la Dante Alighieri où m'attendait la signora Zorzi, la secrétaire de l'association. [...] Le marin en faction devant l'entrée de l'Arsenal s'est mis au garde à vous quand je suis arrivé ! En fait, il saluait un officier qui sortait du bar en face et se dirigeait vers un motoscafo qui l'attendait à côté du pont de bois. J'y ai cru un instant, n'étant plus à ça près...
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C'est aujourd'hui la Saint Jean-Baptiste

Avez-vous remarqué la douceur des nuits de la Saint-Jean ? Ce je ne sais quoi qui marque bien que l'été est là... Que des feux de joie brûlent dans vos coeurs. Et Bonne Fête, mon fils.
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© Photo Andreas Praefcke.

23 juin 2009

Statistiques

es statistiques sont tombées. Tramezzinimag qui progressait depuis janvier dernier accuse un certain fléchissement dans les visites quotidiennes. Actuellement il y a en moyenne 256 visiteurs par jour, soit 4 visiteurs par jour de moins qu'au début de l'année. La majorité reste francophone et la moyenne des pages visitées est de 8 par visiteur au lieu de 4 en moyenne pour ce genre de site. Mais, Tramezzinimag a de plus en plus de visiteurs étrangers, notamment italiens, mais aussi américains. Le plus grand nombre de pages lues par lecteur depuis le début de l'année a été de 106, et 84% des lecteurs se contentent des billets récents qui s'affichent sur la même page. Le livre d'or n'a pas reçu un seul nouveau message depuis mars dernier et il n'est visité que 65 fois en moyenne par jour quant aux généreux donateurs, ils ont été cinq jusqu'à ce jour et je les remercie une fois de plus de leur délicate attention.
Voilà. Rien de bien passionnant dans ces chiffres. Rien d'affolant non plus. Je n'écris pas au fil des jours les yeux rivés sur le compteur des visites, mais la vie d'un blog tient avant tout à la demande des lecteurs et donc, à la progression de leur nombre qui exprime tout de même un intérêt croissant pour le contenu du site. Et puis de toute façon, mon plaisir reste entier : contribuer à faire découvrir et aimer cette Venise dont nous sommes fous.
Il faut certainement que Tramezzinimag se renouvelle et s'améliore. Cinq années de prose, vous pensez bien que se renouveler peut devenir difficile... Alors, n'hésitez-pas, donnez-moi vos impressions, faites vos remarques, positives comme négatives, et informez-moi de vos desiderata. J'essaierai de mieux répondre à vos désirs !

22 juin 2009

Lasciando Venezia

Déjà présentée dans un de mes billets (24/10/2006), cette petite vidéo de Jean-Claude Courbon est un délice que j'ai eu envie de présenter à nouveau. La mélodie vénitienne du XVIIIe siècle donne une idée de l'atmosphère musicale de la Sérénissime. Autre chose que les "O Sole Mio" ou "Santa Lucia", arias importés de Naples et qui n'ont rien à voir avec les beaux chants tirés de l'Arioste sur des airs de Veracini, Marcello ou Vivaldi. Bon voyage.

21 juin 2009

Mélanges

Il y a tout au fond de Venise des endroits incroyables. Hugo Pratt en connaissait beaucoup, certains n'existent que pour les véritables amoureux de la ville. ceux qui savent voir avec leur coeur. Comme en rêve. En vrac, quelques uns de ces lieux incroyables et puis des bribes de souvenirs, esprit d'escalier...
Lorsque j'étais étudiant à San Sebastiano (c'était alors la faculté de Lettres, où je terminais mon cursus d'histoire des Arts, travaillant "la peinture du trecento, interprétation et réminiscence des splendeurs païennes"), j'allais souvent me promener dans un quartier retiré, loin derrière les derniers endroits habités. Il y avait une maison entourée de murs avec de hauts grillages. Là, un vieil homme au visage buriné comme un vieux loup de mer, vivait au milieu de ses chats mais aussi d'une demi douzaine de singes en semi-liberté... A Castello un vieux perroquet chantait Bella Ciao et la Marseillaise au fond d'un bar un peu sale...
J'ai vu un jour une scène de Fellini matinée de Pasolini. c'était le milieu du jour. Il faisait beau et doux. Soudain les rues furent envahies d'une foule de gens bizarres, certains parlaient fort, d'autres chantonnaient, il y en avait des très vieux d'autres plus jeunes. Ils semblaient sortir d'un rêve ou d'un cauchemar. Leur visage était effrayant, souvent hilare. C'étaient les fous de l'asile de San Clemente que la loi italienne venait de libérer. Ils déambulaient pour la première fois en toute liberté dans les rues de la ville... J'étais ce matin-là sur la Lista di Spagna avec la femme du Consul de Grèce, une espagnole exubérante qui était venue avec moi voir les stands des marchands de livres d'occasions qu'on trouvait alors près des Santi Apostoli, tout près de la résidence de Grèce. On aurait dit une scène de film...
Une autre fois, un matin d'hiver, un jeune suédois, splendide athlète blond au corps trop musclé, pas très grand, fut pris d'une crise de démence. Il neigeait un peu et la température devait avoisiner les 0°. Il sortit de l'auberge complètement nu présentant son anatomie à tous les passants et délirant dans sa langue. J'ai su plus tard qu'il déclamait des vers de Shakespeare en suédois... Il lisait Castaneda toute la journée et son sourire était bizarre... Ce jour-là, il se serait jeté dans le grand canal, pour nager comme Byron le fit souvent, si des policiers ne l'avaient interpellé à temps. Il fit une cure de sommeil et lorsqu'il revint à l'auberge, confus et intimidé, c'était un tout autre personnage, poli et pudique, rougissant encore de ce qu'il avait fait et qu'on lui avait raconté. Il n'avait aucun souvenir de cette bouffée délirante...
Tant d'autres choses encore...
Je me revois au Palais Clary, un 14 juillet vaporisant de l'eau d'Evian sur les canapés et les petits fours de la réception du consul, tellement il faisait chaud et je me souviens du dernier plateau aspergé par mégarde d'engrais pour les plantes vertes et qui fut présenté aux autorités civiles, religieuses et militaires de la ville sans que personne ne semble y trouver à redire. Foie gras et saumon fumé arrosé à l'engrais horticole. On aurait pu en venir à l'incident diplomatique si par hasard un des invités s'était empoisonné...
Je me souviens de mes razzias dans les réserves du consulat lorsque je n'avais plus d'argent pour m'acheter à manger. Je repartais, grâce à Agnès - et la bénédiction du consul son père, qui fermait les yeux - les bras remplis de conserves, de sardines à l'huile, de pâtes, de fromage, de chocolat, de pâté, de saucisson et de jus de fruit sous le regard sévère du président Mitterand dont le cadre, placé juste au-dessus du bureau du Consul, regardait avec insistance et une moue à la Mona Lisa, la porte d'entrée. Je ne voyais que lui en sortant de la grande salle pour reprendre l'ascenseur qui menait au rez-de-chaussée... Et l'Île de France, le mostoscafo du consulat, le seul à avoir l'autorisation de battre pavillon étranger, par un vieux privilège datant de l'ancienne république. Et le terrain de foot, au milieu des ruines de bâtiment de l'occupation autrichienne derrière l'Arsenale où de curieux personnages vous épient et disparaissent aussitôt...
Je vous raconterai cela aussi....

20 juin 2009

Estivales

19 juin 2009

Par une douce matinée, le soleil, l'été


Philippe n'aimait pas être seul. Pourtant aujourd'hui il souhaitait ardemment qu'Anne ne vienne pas avec lui. Il s'était réveillé de bonne heure. la lumière qui se faufilait à travers les buis devant la fenêtre de leur chambre annonçait une chaude journée. Ils iraient certainement sur les murazzi se baigner. Anne dormait encore, un bras replié sous sa tête. Elle avait l'air d'être loin. Il se leva doucement, enfila un jean, un polo et sortit dans le jardin. L'air était parfumé, les oiseaux chantaient cette nouvelle journée. Il franchit le portail et se dirigea vers le campo voisin. Le kiosque à journaux ouvrait à peine. Il y a avait déjà du monde au bar près de l'église. Des gens se hâtaient vers la gare. Un jeune balayeur sifflotait en nettoyant la place, bousculant un affreux chien jaune qui tentait de faire ses besoins près d'un banc. Dans quelques heures, Anne serait habillée, lavée, prête à le suivre au Lido. Elle avait fait beaucoup d'efforts ces derniers temps, il lui en était reconnaissant. Cependant cette familiarité qu'elle tentait d'assimiler avec ce qui faisait sa vie quotidienne ici, elle ne parvenait pas à la rendre sincère, profonde. Elle restait souvent en retrait, cherchant à cacher des mouvements d'humeur qui trahissaient son dépit, sa peur aussi. Elle comprenait que la vie de Philippe était ici désormais et qu'il lui serait difficile de l'arracher à ses rêves, devenus peu à peu, une réalité tangible. Venise s'avérait chaque jour davantage une rivale.
Philippe ne savait pas encore combien Anne souffrait mais il sentait au plus profond de son âme que quelque chose n'allait pas et "qu'il y avait danger" comme disait Betti. Sur les murazzi, il devait retrouver Giuseppe, Nino, Sandra et Piero. Sa bande. Il y aurait aussi Stefano, qui était certainement revenu d'Ancône. Il sentait confusément que son amie n'appréciait pas cette bande de filles et de garçons qui comptaient tant pour lui. Elle se montrait certes attentive, souriante mais ses yeux prenaient une teinte métallique et son regard se durcissait quand elle voyait Philippe rire et s'amuser avec eux. Il aurait voulu les rejoindre seul. Il espérait qu'elle soit trop fatiguée pour prendre la motonave jusqu'au Lido, puis le bus qui les amènerait aux murazzi, juste avant Malamocco. Le soir, repu de soleil et de baignade, après un arrêt au bar-glacier sous les arcades, près du palais du festival, il rentrerait, fourbu mais ardent. Elle l'attendrait dans le jardin, un livre à la main, un peu lasse. Il l'embrasserait tendrement et lui ferait longuement l'amour, puis ils iraient au restaurant et se promèneraient dans les ruelles désertes, main dans la main...

Philippe. Fragments.